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mardi 7 avril 2015

EDGAR MORIN N'A PAS DÉÇU LES ATTENTES DES LYCÉENS QU'IL A RENCONTRÉS LORS DE SA VENUE À DOUAI POUR L'INAUGURATION DU LYCÉE D'EXCELLENCE (QUI OCCUPE LES LOCAUX DE NOTRE EX ENI)

Douai : Edgar Morin a donné son nom et son savoir au lycée d’excellence

PUBLIÉ LE 07/04/2015 PAR J-F. GUYBERT VOIX DU NORD DOUAI

Sociologue et philosophe, Edgar Morin était mardi après-midi au lycée d’Excellence de Douai, auquel son nom est désormais associé. L’auteur notamment d’« Introduction à la pensée complexe » a laissé pantois son auditoire par la faculté qu’il a d’exprimer, par des mots simples, des concepts complexes.


La pensée est limpide, le verbe clair et le propos passionnant. Et si l’oreille n’a plus son acuité d’antan, à 93 ans, Égard Morin n’a rien perdu de sa faconde. Et il fascine son auditoire, composé essentiellement d’élèves du lycée. Même en se lançant dans des explications aussi complexes que celles sur la dialogique, principe qu’il a inventé. Et se résume par le fait que deux logiques, deux principes peuvent être unis, sans pour autant perdre leur dualité.
« Quand on réfléchit, on arrive toujours à des contradictions » explique-t-il, un sourire aux lèvres. « On vit de la contradiction… » Alors, pour lui, vouloir à tout prix l’éliminer, c’est se priver d’aller chercher plus profond. C’est donc pour cela que l’homme dit avoir voulu la dépasser. Tout en s’éloignant de la dialectique, par la même occasion.
Quand d’autres élèves l’interrogent afin de savoir pourquoi il utilise un vocabulaire médical, parlant de pathologies du savoir, il répond que « Ce sont des métaphores… » Car, pour lui, « C’est plus difficile de parler des maladies d’un corps social que d’un corps. » Alors, « La métaphore, l’analogie, sont des modes de pensée extrêmement valables… » Avant de conclure : « J’aime bien les mots imagés qui permettent de faire un diagnostic… »
Et s’il défend la pensée complexe, « C’est que la pensée simplifiante disjoint et réduit. Et on ne peut pas réduire un tout à ses seules parties… Donc tout est inséparable. »
Quand un autre lui demande s’il existe des contradictions indépassables, le chercheur qu’il est sépare l’énigme « Qui est explicable, même si de prime abord elle ne s’explique pas », du mystère. « Comme l’origine de l’univers. On nous dit qu’il sort du vide. Alors, c’est que le vide ne l’est pas tant que ça… » Et, de toute manière, on aura peut-être jamais la réponse… « Car il faut tenir compte de notre finitude. Nous ne serons jamais des dieux, des immortels… » Lorsqu’on lui parle de mettre économie et sociologie ensemble, il dit que cette dernière doit être ouverte, et que toutes les sciences doivent communiquer. « La sociologie ne doit pas s’enfermer… » Tout comme l’économie ne peut se résumer à de simples chiffres. Et pour ce qui est de la neutralité, « Il est important de prendre conscience de ses présupposés. » Mais, au final, « C’est le temps qui passe qui dira si je me suis trompé ou non… »
Celui qui fut aussi résistant juif et communiste a aussi été interrogé sur la Seconde Guerre mondiale, sur les difficultés de l’engagement, lui qui a défendu tant de causes. Sur la dénazification également, à laquelle il a participé. « Je n’ai pas fait grand-chose », assure modestement le vieil homme. Qui a tout de même écrit l’An Zéro. On l’écouterait des heures.

Identité

Naissance
Edgar Morin, de son vrai nom Edgar Nahoum, a vu le jour à Paris le 8 juillet 1921, dans une famille juive d’origine séfarade.
PROFESSION
Sociologue et philosophe, il est également l’auteur de nombreux ouvrages. On lui doit notamment L’Esprit du temps, ou Mes Démons.
Engagement
Edgar Morin a connu plusieurs vies en une seule. Résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, militant communiste, puis après avoir quitté le parti, pour diverses causes, dont les Indiens d’Amazonie.



«J’ai des idées de réforme de l’éducation...»


Quelle sont vos intentions ?
« J’ai des idées de réforme sur l’éducation ! C’est une préoccupation très profonde en moi...L’éducation, c’est une des clés...Mais il faut aussi des réformes sociales, économiques. Il faut tout changer. On apporte aux jeunes des connaissances. Mais on ne leur explique pas ce que c’est... Or, il faut aider les futurs adultes à mieux appréhender les problèmes de la vie. Il faut aussi introduire dans l’éducation les notions d’erreurs et d’illusions... Et leur apprendre à affronter les incertitudes. Enseigner ce que c’est qu’être humain... Tous semblables, oui, et tous différents aussi. Bref, leur apprendre à vivre... »Et quoi d’autre ?
« Il faut faire se rencontrer les disciplines. C’est d’ailleurs ce qui se pratique ici. Bien vivre, c’est développer ses potentialités, au service des soi et à celui des autres. C’est ça le but... »
Quelle expérience tirez vous de la guerre, que vous avez vécue ?
« Mon adolescence a été marquée par une sorte de somnambulisme des politiques. Ils ne voyaient pas, ou ne voulaient pas voir monter l’inexorable. Pourtant, l’invasion de la Tchécoslovaquie, Munich, la Guerre d’Espagne, ça aurait dû les alerter...
Aujourd’hui il y a ce même aveuglement... »