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mardi 12 novembre 2024

11 Novembre, dans chaque école normale subsiste, comme à Douai, un monument aux morts. Quelle en est la raison ?

 

11 novembre : ces monuments aux morts peu connus dédiés aux instituteurs



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LE MONUMENT AUX MORTS DE L'ÉCOLE NORMALE D'INSTITUTEURS D'ARRAS

Pour ce 11 novembre, on se gardera de commenter les propos injustes de Nicolas Sarkozy sur le temps de travail des professeurs des écoles. Et on préférera se réjouir que des centaines de professeurs des écoles accompagnent encore leurs classes pour les cérémonies devant les monuments aux morts, plus de cent ans après leur construction.

Mais il est un autre aspect du lien entre l'école, les instituteurs et les morts pour la France que cette fidélité mémorielle - et qui l'explique sans doute en partie : ce sont les monuments aux morts consacrés aux instituteurs morts pour la France. Chaque département en comptait un dans l'enceinte de son école normale. Parfois monument, parfois stèle, parfois plaque de marbre, ces monuments ont traversé, depuis un siècle, les métamorphoses des écoles normales, devenues IUFM, puis ESPÉ et enfin INSPÉ, et ont parfois été déplacés quand les vieux et beaux locaux étaient abandonnés, comme par exemple celui de Limoges. Des cérémonies y sont toujours organisées à l'initiative des directeurs d'INSPÉ, en présence d'enfants des écoles. Parfois, ces monuments ont été oubliés, perdus, parfois détruits, puis retrouvés, comme en Dordogne : pourtant, c'était devant lui que posaient les différentes promotions de normaliens.

Les livres d'or, premiers hommages

L'idée de rendre hommage aux instituteurs combattants est née très tôt, dès le début de la guerre, par une circulaire du ministre de l’Instruction publique Albert Sarrault du 12 septembre 1914 qui demande aux recteurs d’académie d’ouvrir le Livre d’or de l’Université. Elle prescrivait que, parmi les 25.000 membres de l’enseignement public qui « combattent pour le salut de la France », on noterait « pieusement les noms de ceux qui accompliront des actions d’éclat ou qui verseront leur sang pour la patrie ». Dans chaque département, le plus souvent conservés dans les archives des écoles normales, ces livres d'or recensent ceux « qui auront mérité, pendant la campagne, une promotion de grade, une distinction militaire, une citation à l’ordre de l’armée » et « la liste de ceux qui seront tombés, morts ou blessés, sur le champ de bataille ».

Un projet de monument aux morts national pour les instituteurs inabouti

En 1916 naît l'idée d'édifier, après la guerre, un monument à la gloire des instituteurs morts pour la France. Un comité d’honneur est constitué, composé de grandes personnalités laïques, radicales ou socialistes, comme Paul Painlevé, Émile Combes ou Ferdinand Buisson, mais aussi de Maurice Barrès. Il aurait dû être installé à l'École normale supérieure de Saint-Cloud, mais il ne verra jamais le jour. Comme l'écrit, Hugues Marquis, historien spécialiste de cette question, « les monuments dédiés aux instituteurs morts pour la France sont donc locaux, édifiés dans les départements, dans l’enceinte des écoles normales ». Certains sont grandioses, comme celui de l'École normale de Parthenay, dans les Deux-Sèvres, ou celui d'Arras (illustration).

Les instituteurs dans la Grande Guerre : un lourd tribut

Les dizaines de noms gravés sur ces monuments départementaux révèlent l'ampleur de la mobilisation des instituteurs : sur environ 35.000 instituteurs mobilisés (ce qui correspond à une moyenne d'un par commune), 28.000 l'ont été dans des formations combattantes, 7.407 sont « tombés au champ d’honneur », 9.624 ont été blessés et 11.976 ont été cités. Pour Hugues Marquis, « si l’on y ajoute les élèves-maîtres, non comptabilisés dans cette statistique, on perçoit que, non seulement le tribut payé à la guerre a été lourd, plus lourd que dans d’autres catégories socio-professionnelles, mais aussi que la participation tant quantitative que qualitative des maîtres à la guerre a été remarquable ». De ces milliers d'instituteurs combattants émergent les figures du premier mort de la guerre, le caporal Jules André Peugeot, tué le 2 août 1914, ou celle de l'auteur de La Guerre des boutons, Louis Pergaud, prix Goncourt 1910, fauché en 1915. Sur ce combattant à la fois comme les autres et différent, et sur l'impact de la guerre sur l'enseignement des instituteurs survivants à leur retour en classe, on lira le texte d'Emmanuel Saint-Fuscien. Nul doute que ce sacrifice massif des instituteurs contribua à renforcer le prestige de sa fonction dans les villages et à les faire entrer dans le panthéon des symboles d'union nationale, après les années de lutte anticléricale. Et on se réjouira que les familles, les associations et l'institution entretiennent pieusement la mémoire de ceux qui étaient devenus, plus qu'en image, des hussards.


Frédéric Sirgant

Chroniqueur à Boulevard Voltaire, professeur d'Histoire


vendredi 13 novembre 2020

Le 11 Novembre 2020 n'aura pas vu les anciens normaliens se recueillir devant le monument aux morts inauguré en 1923 à la mémoire de leurs aînés morts pour la France lors des deux guerres mondiales pour raison de pandémie.

 C'est l'occasion de rappeler les circonstances liées à l'inauguration de ce monument en 1923



Le Monument destiné à perpétuer, dans l'École Normale et dans la Ville de Douai, le souvenir des Instituteurs et des Élèves-Maîtres du Nord, Morts pour la France, a été inauguré le dimanche 13 Mai 1923.
Ce Monument symbolise "La Victoire". Sur cette œuvre, nous ne croyons mieux faire que de publier quelques notes parues en 1922.
" La statue, socle compris, mesure cinq mètres de hauteur. Placée dans le jardin qui borde l'Allée Parant, elle se détachera l'été sur un fond de verdure constituée par les arbres des jardins voisins ; sur le vieux mur vétuste, couronné de fleurs sauvages, devant lequel passèrent, joyeux, la plupart des trois cents héros qui vont être glorifiés, seront inscrits les noms des morts.
" L'œuvre est d'une grande allure, d'une admirable beauté de lignes, d'une incomparable vigueur de modelé. D'une sculpture peu banale, elle ne rappelle en rien les groupes construits en série et que l'on retrouve sur les places de maints villages. Elle est due à l'éminent sculpteur Pierre ROCHE et elle a été choisie par le talentueux artiste peintre douaisien DUHEM. Elle représente un lutteur, musculeux belluaire antique, aux prises avec un fauve, emblème du féroce teuton. "

M. CHARTON, Directeur de l'Ecole Normale, lançait à cette même époque un éloquent appel aux Instituteurs, aux Institutrices, aux amis de l'enseignement laïc pour la réalisation de cette œuvre de reconnaissance. Parlant du monument, il s'exprimait ainsi :
" Le Lutteur ! symbole éternel ! J'aime que ce déploiement de courage frappe les yeux du jeune homme qui entre à l'Ecole Normale. Il se peut, on le dit, et nous le croyons, et nous le souhaitons ardemment, que la guerre atroce disparaisse à jamais ! Mais il restera sans doute encore longtemps quelques fléaux terribles ; l'ignorance, le vice, la misère, sans compter les forces aveugles de la Nature... Ce n'est pas encore demain que sera rayée du catéchisme la liste des péchés capitaux ; contre tout cela, il faudra toujours lutter, et mieux on luttera, plus on sera un homme. N'est-il pas toujours vrai le mot du grand poète Goethe : " J'ai été un homme, ce qui signifie un lutteur ".
 
Sur le site de l'amicale de l'école normale d'instituteurs de Douai, vous pourrez prendre connaissance des discours qui ont été prononcés à cette occasion et des noms inscrits des Instituteurs et Elèves-Maîtres tués à l'ennemi, morts des suites de leurs blessures ou disparus ainsi que leur affectation au début du conflit avec les dates et lieux de leur décès. Voici le lien vers le site : cliquer ici


jeudi 29 novembre 2018

L'oeuvre des Nôtres : Stéphane Tréla (promo 56 60) a publié "Coutiches La Correspondance de nos soldats pendant la Grande Guerre



Lors de notre dernière rencontre, à l'occasion du banquet annuel de notre amicale, le 8 avril 2018, Stéphane avait arboré avec humour son étui à serviettes marqué de son matricule ENG 356 S TRELA. C'est dire s'il est attaché à tout ce qui se rapporte à l'histoire, la grande et la petite... Il a exercé presque toute sa carrière comme professeur d'histoire géographie au collège de Waziers. Il a déjà publié en tant qu'historien érudit dans la Revue du Nord et notre blog s'en est fait l'écho à plusieurs reprises, comme vous pouvez le constater en cliquant sur son nom 





Coutiches. La correspondance de nos soldats pendant la Grande guerre


Les historiens estiment à 30 milliards le nombre de courriers échangés entre les soldats et leur famille, amis, voisins, connaissances et camarades de combat durant les quatre années de la Grande guerre. Lors de la bataille de Verdun en 1916, la poste avait à acheminer quotidiennement 2 millions de lettres.
Plus modestement, des familles coutichoises ont conservé pendant cent ans 370 lettres de cette époque.
Le livre de Stéphane Tréla présente l’étude des lettres et cartes de poilus où adresser à eux. De nombreuses reproduction in extenso et citations permettent de bien appréhender la vie militaire de nos mobilisés pris dans le tourbillon d’une guerre qui les dépasse et qui fauche cinquante-quatre jeunes hommes dans la fleur de l’âge.

Stéphane Tréla. Livre format A4, 297 pages. ISBN 978-2- 9544971-3-6 (contact : 716 route nationale 59310 Coutiches)

(cliquer sur la photo pour l'agrandir)




Voici un extrait de la plaquette sur le monument aux morts de Coutiches et son histoire. Où l'on apprend que les premiers monuments aux morts en France ne datent pas de la première guerre mondiale mais bien avant. C'est à découvrir dans l'article ci-dessous : (cliquer sur la photo pour l'agrandir)





L’originalité de notre monument aux morts


Au lendemain de la Grande Guerre, la France se couvre de monuments commémoratifs : 30 000 entre 1918 et 1935.
Architectes, sculpteurs, marbriers, fondeurs, démarcheurs de tout poil rivalisent de zèle. Ils  assiègent les municipalités pour la construction d’un monument aux morts de la guerre. Le plus pauvre des maires n’oserait refuser ! Il y a des enrichissements indécents.
Le meilleur côtoie le pire. C’est souvent un poilu à l’allure martiale, en pleine attaque, dans une posture grandiloquente. 
La commémoration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918 est l’occasion de rénover les monuments aux morts . On voit certaines municipalités prises dans zèle patriotique, peinturlurer leur poilu de garance, de bleu, maquiller de toutes couleurs le visage dans un excès de réalisme. Une commune voisine a carrément doré son monument. La pierre brute, le bronze naturel restent le plus bel aspect de ces monuments dans le respect du souvenir.
Coutiches n’a pas attendu l'hécatombe de la Grande guerre pour honorer la mémoire des soldats tombés au champ d’honneur.
À l’époque de cet engouement national, notre village possède déjà son monument depuis 20 ans. L’authentique construction du XIXe siècle échappe ainsi à la représentation quasi unanime d’un poilu combatif ou mourant pour la Patrie dans des statues pas toujours de bon goût.
Notre monument respecte les propositions de Lucien Bonaparte, Ministre de l’Intérieur de l’empereur Napoléon 1er, qui recommanda en 1800 l’érection de colonnes à la mémoire des braves, les soldats morts au combat. Proposition fort peu suivie mais réalisée ici à Coutiches cent ans plus tard.
Ce qui nous vaut cet obélisque d’une sobriété de bon aloi qu’un récent éclairage réussit à mettre en valeur le soir tombé. L’érection en 1900 explique la place des inscriptions. Ainsi figure sur la façade principale donnant sur la place, non pas les noms des soldats tombés dans en 1914-1918 comme partout ailleurs mais ceux de Crimée, de 1870-71 et des premières guerres de conquêtes.
Les noms de ceux de la Première Guerre mondiale sont gravés sur le côté sud puis sur le côté est.
Les conflits suivants ont ajouté leurs soldats, les résistants et les victimes civiles. Les anciens d’AFN ont préféré une stèle du souvenir, indépendante, placée au niveau du sol à droite du monument.
Notre monument aux morts est bien une exception dans la région.

Stéphane Tréla


La Voix du Nord de Douai a consacré un article à Stéphane Tréla :



samedi 15 novembre 2014

LE MONUMENT AUX MORTS DE L'ENI DE DOUAI CONSACRÉ AUX 325 ÉLÈVES-MAÎTRES MORTS POUR LA FRANCE ENTRE 1914 ET 1918 A ÉTÉ INAUGURÉ EN 1923. RAPPEL :


Quelques souvenirs de la cérémonie d'inauguration du Monument aux Morts (cérémonie du 13 mai 1923)
le monument aux morts situé maintenant dans la cour d'honneur de l'ENI de Douai


L'inauguration du Monument a eu lieu le dimanche 13 Mai 1923 à 11 h. 30, à l'École Normale d'Instituteurs de Douai.



Le monument aux morts, situé à l'origine avenue Parent


Par suite d'un temps déplorable, la cérémonie officielle qui devait avoir lieu au pied du Monument, dans l'Avenue Parant, s'est déroulée dans l'ancienne chapelle de l'Ecole, trop exiguë pour contenir la foule nombreuse des autorités civiles et militaires, des parents et amis des héros morts pour la France.
La chapelle où s'est déroulée la cérémonie d'inauguration du monument aux morts, actuelle salle polyvalente du lycée d'excellence

M.LAPIE, Directeur de l'Enseignement primaire, délégué du Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts, présidait la cérémonie. 
Étaient à ses côtés : 
- M. DANIEL-VINCENT, député, ancien ministre ; 
- MM. HAYEZ sénateur du Nord, ESCOFFIER, GONIAUX, LEMIRE, députés ; 
- le Général GASCOUIN
- MM. le Premier Président de la Cour d'Appel, le Procureur général, le Procureur de la République ; 
- M. HÉNIN, Consul de Belgique ; 
- M. GODIN, Maire de Douai ainsi que le Conseil Municipal ; 
- M. LYON, Recteur ; 
- M. CAPRA, Directeur départemental de l'Enseignement primaire ; 
- M. BERNEUIL, inspecteur primaire honoraire ; 
- M. MATHIEU, ancien Directeur de l'E.N. ; 
- M. CHARTON, Directeur de l'E.N. ; 
- Mme EIDENSCHENK, Directrice de l'Ecole Normale d'Institutrices ; 
- M. DUTOIT, Directeur de l'Ecole annexe ; 
- MM. PARENTY, Président, WARLOP, Vice-Président de " l'Association des Poilus " ; SCREVE, Président de L'Association des Mutilés " ; CANIVEZ, Directeur du Centre de Rééducation des Mutilés ; 
- Messieurs les Officiers de la Garnison, de la Compagnie des Sapeurs Pompiers, etc...
Après l'exécution de la " Marseillaise " par le chœur des Élèves-Maîtres, M. ANDRIEU, Instituteur à l'École Annexe, Vice-Président du Groupement des Mutilés, Chevalier de la Légion d'Honneur, fait l'appel tragique des 325 noms glorieux, auquel répond l'émouvant " Mort au Champ d'Honneur " que toute l'assistance émue et recueillie écoute debout.
Puis M. CHARTON, Directeur de l'E.N. rappelle l'héroïsme des Élèves-Maîtres tombés au cours de la guerre et dont le monument évoque si bien la vaillance toute française et le désir de vaincre.
La chorale des Élèves-Maîtres exécute alors " l'Hymne aux Morts " de Victor Hugo, sous la direction de M. GILLET.
Ensuite, M. DEGREMONT, parlant au nom des Instituteurs, rappelle que c'est un instituteur, le caporal PEUGEOT, qui versa le premier son sang pour la patrie, et exalte " les vertus des innombrables héros tombés pour la plus noble et la plus sainte des causes ".
M. CAILLERET, au nom des Universitaires Anciens Combattants, demande que le sacrifice de ces glorieux morts ne soit pas inutile "Ils sont légion, dit-il ; sur 28.300 membres de l'enseignement mobilisés, 7.000 sont morts, 10.000 ont été blessés. Il ne faut pas que leur sang ait été versé en pure perte, mais que, tirant leçon de leur sublime sacrifice, nous portions bien haut le drapeau qu'ils ont si bravement défendu ".
Prenant la parole à son tour, M. le Général GASCOUIN apporte aux Morts le salut de l'Armée ; il cite les batailles où se sont distingués les instituteurs du Nord, presque tous chefs de section d'infanterie.
"Ils savaient qu'en acceptant ce poste périlleux entre tous, ils avaient une chance de plus de ne pas revenir. Ils l'ont fait toutefois bravement, courageusement, et beaucoup sont restés sur le champ de bataille".
M. DUHEM, grand peintre douaisien, associe pieusement la mémoire de l'artiste génial qui a conçu le monument, M. ROCHE, à celle des héros dont il symbolise le courage et la force virile.
M. DANIEL-VINCENT, député du Nord, ancien Ministre, ancien Professeur à I'E.N., met en opposition, d'une voix vibrante, dans un remarquable discours, la force brutale de l'agresseur, la force du nombre, avec l'énergie que nous avons puisée, aux jours difficiles, dans notre haute culture morale.
M. LAPIE, parlant au nom de M. le Ministre de l'Instruction publique, clôture la série des discours, tous empreints du plus pur patriotisme. Il fait l'éloge des instituteurs du Nord morts pour la Patrie, et de ceux qui ont fait plus que leur devoir au milieu des tristesses de l'invasion. Il tire de ces sacrifices obscurs une sublime leçon pour ceux qui restent, pour ceux qui doivent, en temps de paix, continuer la tâche entreprise par leurs aînés pendant la guerre.
La Chorale des Élèves-Maîtres termine par un chœur de BERLIOZ célébrant l'héroïsme des glorieux disparus qui sont maintenant à l'honneur, et l'assistance se retire profondément émue.