mardi 3 février 2026

Christian LELIÈVRE, promo 54-57, est l'auteur de la dictée caricative de Marcq-en-Barœul organisée par Inner Wheel, jeudi 22 janvier 2026. Et pour une fois, le thème consistait en une biographie d'une artiste peintre, Berthe MORISOT

 Indépendante et indispensable à l'impressionnisme, Berthe Morisot est une figure atypique de l'histoire de l'art. À l'instar de Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle, Artemisia Gentileschi ou Suzanne Valandon, elle est une femme dans un monde d'hommes, qui a su s'imposer et transformer les difficultés de son existence en une force créatrice.


Berthe Morisot ou la beauté et la tendresse

De tous les arts que professe le génie, la peinture est indéniablement celui qui exige le plus de sacrifices. 

Cette réflexion peut être inscrite au fronton des vies de tous les peintres. Quand on regarde l'œuvre picturale de  Berthe, si douce, si tendre et si vraie, qui pourrait imaginer alors les efforts accomplis, la pugnacité, l'opiniâtreté  pendant sa courte vie pour aboutir à une exceptionnelle production de huit cent cinquante toiles qui appartiennent à  jamais à notre patrimoine culturel ? Berthe naîtsous d’heureux auspices le 14 janvier 1841 à Bourges, dans le Cher, où  son père est préfet. Elle passe une enfance heureuse, sans problème, très liée à sa sœur Edma, l'amie-née et à sa  grand-mère. 

Elle connaîtra une lénifiante zénitude, à mille lieues de la violence, de la gêne, protégée par les forts liens qu'elles avaient entre-tissés depuis sa tendre enfance. Sa mère s'était mis en tête de faire de Berthe une musicienne mais le  hasard, plus qu'une vocation, l'entraînera vers la peinture. Il ne s'agit pas d'une passion dévorante, dévastatrice mais  d'une exigence courante d'éducation dans une famille bourgeoise. La peinture, le dessin et la musique font partie, au  XIXesiècle, d'un enseignement privilégié. À 19 ans, elle est confiée à Corot qui élargit sa vision de la nature en  développant sa perception de la beauté. Elle rencontre des personnages hauts en couleur, ignore le népenthès et la  cyclothymie. Si elle disposait de quelques heures et qu'elle pût s'isoler, elle les consacrait tout entières à ses toiles. 

Fin de la dictée pour les amateurs. 

En avril 1875, elle a 34 ans, dans les ateliers du célèbre photographe Nadar, elle participe à une grande exposition où 165 toiles sont présentées. Quantité d'amateurs d'art s'étaient donné rendez-vous et s'étaient proposé d'aller admirer  ces chefs-d'œuvre quelle que fût la météo ! 

De vrais doctes gens lettrés pouvaient s’enorgueillir ce jour de fête là de rencontrer de prestigieux artistes tels que : Manet, Renoir, Cézanne, Degas ou Sisley. Berthe expose 9 toiles. Ce jour-là, l'impressionnisme est né. Les peintres  jouent avec la lumière. Berthe incarne la spontanéité, la fraîcheur, la transmission des sensations qu'elle éprouve, ne  déclenchant jamais la larme. 

Elle sert de modèle à Édouard Manet qui la représente belle, passionnée, très élégante. Elle tient compte de ses  conseils, travaille dans son atelier dans une atmosphère paisible, ne tombant jamais dans le lacs de l’ire. 

Le rouge gueules, le rubis balais et le rose tyrien illuminent ses peintures. À 33 ans, elle épouse Eugène, le frère  d’Édouard. La cérémonie se fera sans pompe, sans invités. Elle s'était laissé séduire par cet archétype du dilettante  rêveur, ne s'embarrassant pas de subtiles blandices. De cette union naîtra une petite fille : Julie qu’elle élèvera avec  amour et intelligence. Elles deviendront inséparables. À cinquante-quatre ans, elle a vieilli, ses cheveux sont blancs.  Elle accueille avec équanimité la vieillesse et l'au-delà. Emportée par une pneumonie, elle s'éteint le 29 janvier 1895, vêtue de « probité candide et de lin blanc ». Accordons-lui ce célèbre zeugma de Victor Hugo. 

Christian LELIÈVRE. 

Champion de France d’orthographe. 

Champion de la Dictée des Amériques. (Québec).






lundi 2 février 2026

Roland Pocquet, promo 50-52, à nouveau mis à l'honneur par la ville de Douai. N'oublions pas qu'il a fait éclore de multipes talents d'acteurs parmi lesquels Corinne Masiero et Jacques Bonnaffé

 

Douai rend hommage à Bernadette et Roland Poquet, fondateur de l’Hippodrome-Tandem

La Ville de Douai a rendu hommage, vendredi, aux cofondateurs de l’Hippodrome, salle de spectacle et de cinéma d’art et d’essai, Bernadette et Roland Poquet. Figures incontournables de la vie culturelle douaisienne et aussi régionale.


Bernadette et Roland Poquet ont tout d’abord créé, dans l’effervescence des années 70, une maison de la culture « hors les murs », rue de l’Université, à Douai, associée à une troupe de théâtre La Compagnie du Beffroi. Enthousiastes et infatigables enseignants, mais également comédiens, ils étaient portés alors par leur désir de mettre la culture à la portée de tous.

C’est cette ténacité, et l’aide du maire Jacques Vernier qui, en septembre 1986, a permis de pérenniser l’action de Roland Poquet, qui assurait vouloir « vivre en état de poésie », en dotant Douai d’une salle de spectacle neuve. L’ancien hippodrome du début du XXe siècle fut choisi et entièrement rénové, cette année-là, afin de doter la ville d’une salle de spectacle d’envergure nationale, d’une scène de théâtre et d’un cinéma d’art et d’essai.


Plaque commémorative

Roland Poquet, décédé l’an passé à l’âge de 93 ans, a eu le temps de voir son œuvre évoluer et obtenir, en 1990, le label « scène nationale », puis s’étendre vers l’Artois, avec la création de Tandem, qui associe les scènes de l’Hippodrome de Douai et celle du théâtre d’Arras.

Ce vendredi, en présence des fils de Bernadette et Roland Poquet, venus de Nice, de l’acteur Jacques Bonnaffé et de Jacques Vernier, le maire Frédéric Chéreau a inauguré une plaque commémorative en mémoire de « l’importante contribution des époux Poquet à la vie culturelle dans les Hauts-de-France ». Le comédien Jaques Bonnaffé, qui a débuté avec Roland Poquet, était présent hier pour rendre hommage à celui qui l’a épaulé à ses débuts. Il a rappelé combien « les plus grands pourfendeurs des œuvres sont ceux qui ne les ont pas vues », saluant la mémoire du couple Pocquet qui, précisément, a œuvré dans l’ombre pour mettre les talents de nombreux artistes en lumière.

jeudi 22 janvier 2026

Francine Malexis, ancienne professeure de sciences naturelles à l'ENID de 1965 à 1984, nous envoie une photo prise à l'issue du pot de départ en retraite de Paul Dumont et Jean Joly et nous apporte des précisions fort intéressantes à ce sujet

La vraie photo du départ en retraite de PAUL DUMONT



De gauche à droite : X, professeur à l’ENG, X, X, maîtres d’application, Victor Tryoën, Émile Serna, inspecteur d’Académie, Jean Joly, Roger Beaucarne, directeur de l’ENID, Paul Dumont et Yvonne Dumont



  Le bulletin numéro  123 évoque le départ en retraite de Paul Dumont . Cet article m’a permis de retrouver quelques souvenirs, une photo et une anecdote que je raconte ici.
Au cours de l’année scolaire 1980-1981 l’ENG de Douai a été chargée d’encadrer pendant 6 semaines un stage de formation continue destiné aux  institutrices d’école maternelle du secteur de Tourcoing-Roncq.. Victor Tryoën ( professeur de physique) et moi-même (professeur de sciences naturelles) nous avions la responsabilité de la journée Sciences ; Paul Dumont assurait la journée  Français.
A la fin de la période les stagiaires nous ont fait découvrir leurs productions réalisées au cours d’activités « photo-contact » où on dépose des objets sur du papier sensible qui est ensuite éclairé. Elles avaient pris comme modèle Paul Dumont Je me souviens que le système pileux était symbolisé par des branches d’asparagus, les autres détails je les ai oubliés !!!!  Les deux professeurs de Sciences ont trouvé la « photo » très ressemblante mais les institutrices n’avaient pas osé la présenter à Paul la jugeant irrévérencieuse par rapport à l’estime et au respect qu’elles avaient pour leur professeur.
A l'époque, Michel Chère et moi-même, Francine Malexis avions créé une Amicale du personnel, association non officielle mais soutenue par de directeur de l’EN Roger Beaucarne. C’est cette Amicale qui a fait encadrer et emballer avec élégance la fameuse photocontact qui fut remise à Paul le jour de son départ.Je pense que c’est ce cadeau qu’il tient dans les mains sur la photo. Lorsqu’il a découvert  son portrait, le Professeur était à la fois surpris et ému et c’est avec joie et attention qu’il l’a emmené en retraite.

Francine MALEXIS VERDIÈRE, promo ENF 54 58, professeur à l’ENG en sciences naturelles de 1965 à 1984
 


dimanche 18 janvier 2026

Souvenirs de Pierre DUFOUR, promo 68-73, à la lecture du bulletin 123 de l'amicale

 Bonjour aux acteurs efficaces de l'Amicale des anciens élèves de l'école normale d'instituteurs à Douai. 
En ce lundi 12 janvier 2026, je reçois le « Bulletin n°123 » et c'est un moment bien agréable, émotions..., donc merci aux réalisateurs et à Monsieur Jean Marie Devaux. 
Bien sûr, je lis, cherche des têtes croisées, connues, et il y en a !, pas très nombreuses, mais je vais connaître quelques surprises avec ce bulletin. (au risque d'ennuyer, je vais préciser !) 
- Comment ne pas aussitôt envoyer le montant de mon adhésion pour 2026 dans ces conditions ? - Et hop, un petit virement..., c'est fait. - (quand je bois un « verre », j'annonce alentour : « c'est peut-être le dernier » alors, profitons!) 
Je ne vais pas vous dérouler du Arthur-Carême ni du Maurice-Rimbaud à la manière de Geneviève Tabouis car j'étais en section C à l'ENI ! 
Tout ça est bien lointain à présent, mais les souvenirs, les traces sont bien là. A 72 ans (promo 68-73 comme on se dit... waouh), je sais que je dois toujours le respect à de plus anciens et beaucoup à mes maîtres à l'école normale (et aux autres) qui ont infléchi et guidé mon parcours de vie. 
-J'ai le défaut d'être bavard, je vais énormément résumer et le lecteur retaillera à son goût 
On ne peut pas citer tous / toutes, mais j'ai envie, (sans hiérarchie) d'évoquer certains... pas pour d'identiques raisons. 
Bien sûr, Monsieur Paul Dumont et sa femme, m'ont marqué. Je n'oublie pas le sourire de « popaul », sa trop brève retraite est bien triste... Heureusement ils sont toujours un peu avec des normaliens dans leur tête, ...et dans le bulletin 123 aussi. 
Page 9... 
Ma vie s'est articulée à partir d'aléas, d'inattendus. Je n'ai été enseignant que peu d'années (je suis très gêné, de ce fait, d'être cité au bulletin), mais ce sont des années qui marquent une vie. Et dans ma famille, nombreux étaient celles et ceux des professions d'enseignants (et sont encore). 
Aussi j'ai connu l'amicale très tard, et tout juste après – hélas – le « jubilé » de ma promo. (- rendez-vous dans … ans ?). 
Une anecdote (courte), mon grand-père maternel (parmi plein d'autres enseignants de la famille) fut instituteur, il s'appelait Fernand Ruysschaert, qui lui aussi, a marqué ma vie.
(*renvoi 1 en bas de page) 
  • Né le 3 mai 1890 (samedi) - Tourcoing, Nord, France
  • Décédé le 20 août 1981 (jeudi) - Somain, Nord, France, à l'âge de 91 ans
  • Inhumé le 24 août 1981 (lundi) - Somain, Nord, France
  • Instituteur (auparavant trieur de cordes (1906) puis ouvrier fondeur ; a aussi travaillé comme comptable une fois en retraite)


Fernand a eu une vie (1890-1981) chahutée, par la guerre (les -), mais aussi parce que pauvre, enfant de famille pauvre aux nombreux enfants, 6 je crois, il eut un destin tragique et magique...
Mis au travail encore ado, ouvrier de fonderie, manœuvre, il transporte des cuves de métal en fusion, avec un autre ouvrier. Il a 20 ans quand c'est l'accident, grand brûlé, laissé pour mort, puis suivi et aidé par un médecin, il étudie en hôpital, devient instituteur ! 
Dans sa classe « du certificat d'études » il eut pour élève un (devenu célèbre) accordéoniste français (dont il botta les fesses pour booster la motivation). A la retraite, encore 15 ans de travail comme comptable à la demande d'un commerçant. Fernand avait été appelé en mairie de Somain (en 1945) pour distribuer les dommages de guerre (sommes distribuées par l'état, sous forme d'espèces à l'époque) aux habitants dont l'habitation avait été détruite par les bombardements. Et c'est à cette occasion qu'un quincailler l'avait recruté comme comptable (pour 15 ans) alors qu'il abordait la retraite, à 55 ans révolus.
Âgé de 75 ans, il « jouait » au tennis avec ses petits-enfants (12 dont je suis) et encore lui greffait-on de la peau peu avant, suite à ses brûlures des 20 ans. (j'arrête sur « Fernand », il y aurait à écrire...). 
Revenons à Bulletin 123 
(je ne serai pas au repas du... 29 mars 2026). 
Éloigné, près de Montpellier, appelé à bien des occupations aussi, portant un peu les années passées, impossible. 
Page 22, un nom attire mon attention, Bernard Dufour (67-69), décédé. Je ne le connaissais pas, mais si vous avez le contact avec sa parenté, je veux bien en savoir un peu plus sur lui (?). 
Page 34, il est question d'un certain Emile Duez. Il se pourrait bien qu'il s'agisse d'un mien cousin. Et - si c'est bien lui -, nous avons dormi dans le même dortoir à l'ENI, et dans le même box de 8 lits, en 1968/1969, en classe de seconde. Sa tante Geneviève Duez fut épouse de mon parrain et frère de ma mère. 
Enfin surprise page 45, hélas aux décès : 
Celui de Gérard Dubrulle, FP 64-66, survenu à Saint-Denis de La Réunion... Gérard (et sa femme), comme mon grand-père Fernand, pratiquaient le tennis. Quant à moi, j'ai été, peu avant mon entrée à l'ENI (jeune donc) l'un des fondateurs (et secrétaire) d'un club de tennis (vers 1965 je pense) voulu démocratiquement accessible, à Somain. 
Gérard DUBRULLE



Guidé par un conseiller général, je fus aidé par un secrétaire du club de tennis d'Aniche (club de la verrerie Saint Gobain). Ce club somainois existe toujours.
Gérard (jeune) et sa (jeune) épouse étaient de proches voisins. Tous deux m'emmenaient dans leur 2cv jusqu'au tennis... Jusqu'au jour où, Gérard devant répondre à l'appel sous les drapeaux à l'expiration de son sursis et report d'incorporation pour études, il décida d'opter pour la coopération, en tout cas, ils partirent à La Réunion, sa femme et lui. Après quelques courriers échangés, j'appris qu'une naissance s'annonçait puis que leur retour en métropole s'en trouvait retardé... puis finalement annulé. 
Jamais je ne les revis (tandis qu'un de mes frères habite toujours à La Réunion). 
Petit chuchotement de plus : 
Une institutrice, (la belle-maman d'un de mes frangins ex proviseur adjoint etc), fut un temps (avec feu son époux Marcel, instituteur) ma/mes collègue/s à Lambersart, se nommant Suzanne Deleligne née Holvoet, devrait avoir 100 ans le 20 février 2026, en la résidence Le vallon vert de Mouvaux.  Veuve de Marcel ( -éternel plaisantin pince-sans-rire- également instituteur + palmes académiques, guerre d'Indochine, un temps gendarme aussi, disparu à 88 ans en 2011) elle va avoir 100 ans, une normalienne l'a-t-elle connue ? S'il était possible que l'Amicale des filles lui adresse un petit courrier pour son anniversaire, je pense que ça peut être un geste apprécié
J'espère vous avoir un tantinet distraits de pensées plus sombres. Pierre Dufour, janvier 2026 
 
(*renvoi 1) : 
Les archives du Nord présentent, par internet, un tableau listing d'institutrices/teurs d'avant 1914. 
Sur cette liste, mon grand-père, cité ci-dessus, Fernand Ruysschaert figure bien, mais avec des prénoms (Jean et Ferdinand) que la famille ne lui connut pas. A la ligne adjacente, on trouve le nom de son épouse, institutrice (eh oui !), Berthe Bonnemaison (décédée en 1949 avant ma naissance).


mercredi 14 janvier 2026

Le bulletin 123 est paru. Bonne lecture et bonne année à tous

 



Vous l'avez reçu et nous serions très heureux de recevoir vos commentaires et suggestions pour nous permettre d'améliorer encore son contenu.
Si vous ne l'avez pas reçu, il vous est possible d'en découvrir un aperçu numérique sur les sites suivants :

Notre bulletin 123 est visible en ligne 

Pour le recevoir au format papier, adhérez à l'amicale des anciens de l'école normale d'instituteurs de Douai au moyen du formulaire suivant à photocopier ou à reproduire de façon manuscrite en l'envoyant avec votre chèque à l'adrersse suivante :

AMICALE DES ANCIENS DE L'ENID

102 RUE PABLO NERUDA 59287 GUESNAIN





samedi 27 décembre 2025

Qui se souvient des "cours complémentaires", ancêtres des CEG puis CES ? Stéphane Tréla (promo 56 60) nous raconte sa scolarité en "cours complémentaire" à Orchies . Beaucoup d'anciens normaliens s'y retrouveront sans peine

A propos des anciens Cours complémentaires. Celui d'Orchies par exemple.

Le 1er octobre 1951 à 11 ans, j'entre en classe de sixième au Cours complémentaire, non mixte, d'Orchies. Dans ce village très rural de Coutiches où j'habitais, il était rare de quitter l'école primaire si tôt avant ses 14 ans. D'autant plus rare que mes parents étaient de très modestes ouvriers. Les fils d'agriculteurs prévoyaient, eux, de reprendre la ferme des parents ou d'épouser une fermière héritière. Pour la majorité des élèves de CM2, restaient trois années de rabâchages pour obtenir le Certificat d'études primaires qui avait une valeur reconnue. On partait rarement en collège ou en technique, la règle était, Certificat d'études obtenu ou non, d'entrer immédiatement dans le monde du travail, ou en apprentissage, dès ses 14 ans. La Chicorée Leroux, la Faïencerie, la Belle Jardinière, de nombreuses petites entreprises embauchaient ces jeunes adolescents qui se formaient sur le tas. Des parents s'opposaient au départ en 6e de leur garçon. Je ne parle même pas des filles. Un camarade, fils de fermier, préparé avec moi pour Orchies, resta en primaire. Soixante-quinze ans plus tard, il en garde toujours une rancune à l'égard de sa mère. Je dois cependant révéler qu'un certain directeur de primaire n'envoya pas en 6e un brillant élève, dans le but d'obtenir le 1er prix cantonal au Certificat. Ce qui arriva. L'honneur en rejaillit sur ce bon instituteur !


Cette entrée en 6e annonçait pour moi une longue poursuite d'études.

Les épreuves du concours d'entrée en 6e se déroulaient à Saint-Amand-les-Eaux. Nous étions deux Coutichois. Notre directeur nous y conduisit dans sa voiture, une Ford d'avant-guerre, aux angles droits, de forme très peu aérodynamique. Ça n'allait pas vite, ça cahotait sur la Route nationale pavée. Nous arrivâmes de justesse à l'heure.

À Orchies, le Cours complémentaire de garçons partageait les locaux avec l'école primaire sous la direction unique de M. Dherbomez. Les récréations étaient communes. On recevait livres et cahiers gratuitement comme à l'école primaire. Des élèves originaires de tout le canton, des professeurs spécialisés selon la discipline, la tenue d'un cahier de textes, la vacance du samedi après-midi, représentaient une grande nouveauté.


La centaine d'élèves du Cours complémentaire se répartissait en cinq classes dont deux 5es, la 5e A, normale et la 5ºB, de transition, qui accueillait des 6es un peu limites pour la 5e A, mais surtout des élèves plus âgés, titulaires du Certificat d'études primaires qui s'orientaient avec retard vers le BEPC. Il leur manquait une année d'anglais et le nouveau mode de travail scolaire. Il y eut également une 3e spéciale qui préparait, après le BEPC à divers concours dont celui de l'Ecole normale, des PTT, des Ponts & Chaussées. Dans des locaux à part en ville, une préparation au secrétariat, sténo dactylographie, durait deux ans. Le but des Cours complémentaires était de former surtout des cols blancs.

Le BEPC donnait accès à des emplois de cadres moyens. On se spécialisait sur le tas. Le directeur d'une banque connue n'était titulaire que du seul BEPC.


A l'origine, les élèves n'avaient pas la possibilité de poursuivre des études en seconde, de subir les épreuves du Baccalauréat: ni latin (ce qui me handicapa pour mes études d'histoire mais je finis par acquérir en étudiant seul le minimum de notions indispensable) ni grec, une seule langue vivante.

D'ailleurs pendant longtemps, dans les Écoles normales, rattachées au primaire, sous le contrôle des inspecteurs primaires, on ne préparait pas le Baccalauréat mais le Brevet supérieur. Ce n'est que par la suite que furent créés les Baccalauréats M et M' qui tenaient compte des spécificités de

l'enseignement des Cours complémentaires.


Venons-en aux différents aspects de cet enseignement.

D'abord, les conditions matérielles. Pas de ramassage scolaire en autocar comme de nos jours sinon de rares autobus des lignes régulières aux horaires non adaptés. Je partais le matin à bicyclette pour sept kilomètres par tous les temps. Une épreuve en arrivant pour le petit bonhomme que j'étais : dresser

mon vélo sur la roue arrière pour le suspendre par la roue avant à un haut crochet sous le préau. Des grands m'aidaient. Pas de cantine. Les élèves se répartissaient dans les cafés proches pour y manger leurs tartines (on ne parlait pas de sandwichs !) arrosées d'un demi de petite bière. Ce que faisait encore ma sœur en 1960. Parfois, on déposait le matin une gamelle que la cabaretière réchauffait pour midi. Juste avant la construction en 1965-66 du CES Pailleron, le traiteur Gras ouvrit une cantine privée en ville à 2 F 50 le repas. Pour éviter aux élèves de traîner dans les rues, une étude du midi, payante, nous accueillait de 12h30 à 13h15, surveillée par des professeurs. Ils mangeaient dans une classe. Il n'y avait pas de salle des profs.


Les enseignants des Cours complémentaires sortaient des Écoles normales d'instituteurs, titulaires d'un Baccalauréat et du CAP primaire, les plus anciens du Brevet supérieur. À ma sortie de l'École normale de Douai, je fus nommé en lettres à Orchies où j'étais encore élève quatre ans auparavant. Aucun ne possédait une licence d'enseignement. Ils s'étaient spécialisés eux-mêmes, professaient au moins deux disciplines, à la fois français histoire-géographie, maths physique chimie ou sciences naturelles. Dessin, musique, éducation physique complétaient leurs 27 heures hebdomadaires. Je me souviens d'une prof de maths, redoutée des élèves, munie de son seul Brevet supérieur qui enseigna à Orchies l'algèbre et la géométrie, avec brio et compétence. Elle résolut même je ne sais plus quel ardu problème mathématique sur lequel séchait son fils, en prépa d'une grande école. Et les Cours complémentaires de devenir des CEG. La récente École normale de Lille recruta des instituteurs de Cours complémentaires afin de les préparer en deux ans, dont une première année en faculté, à l'examen de PEGC. Ce qui donna à certains, dont moi, l'idée de continuer pour une licence, une maîtrise et un CAPES. Ce n'est qu'à la transformation des CEG en CES qu'y apparurent des professeurs certifiés, rarement des agrégés, censés relever le niveau.


Le niveau de l'enseignement valait celui des lycées, lesquels considéraient les enseignants des Cours complémentaires comme de simples instituteurs d'établissements inférieurs à leur lycée. Le niveau des élèves, mieux suivis, était bon. Cependant, le secondaire jugeait les élèves des Cours complémentaires trop scolaires, appliquant des recettes, manquant d'aisance intellectuelle. Bref, les jugeait frustres et rustres. Je me souviens encore de la condescendance du professeur de français qui daigna m'interroger à Fénelon à Lille lors de mon oral obligatoire du BEPC. A sa surprise, l'élève du C. C. rural avait des connaissances sur L'albatros de Baudelaire, le poème et l'auteur. Il est vrai que l'origine sociale, souvent rurale, d'élèves qui ne partaient pas en vacances, participaient aux travaux des champs pendant les congés, n'allaient jamais au restaurant, au théâtre et rarement au cinéma, restaient dans leur trou, dont les parents accaparés par les tâches domestiques avaient des difficultés à suivre le travail scolaire de leur enfant, représentait un handicap.

Ces élèves ne maîtrisaient pas les codes de culture générale et de bonnes manières de la société bourgeoise et par rapport au recrutement plus ou moins élitiste des lycées. Les études permirent de nous adapter intelligemment sans nous renier. Ayant adopté les codes de la bienséance et de la bien pensance, devenus des transfuges de classe, comme on me le dit un jour ?


Pédagogiquement, certes, beaucoup de rabâchages, de par cœur, une accumulation de dictées-questions, d'exercices de maths, de croquis de cartes de géographie, de mémorisations de toutes les guerres de Louis XIV et de Napoléon : dates, traités, territoires perdus ou annexés, sans oublier celles du XXe siècle. Les cours de musique, de dessin, d'éducation physique étaient quelque peu négligés. En éducation physique, les garçons jouaient surtout au football. A l'approche des examens, des dictées-questions ou des exercices de maths remplaçaient bien souvent les cours de musique ou de dessin. Bref, on nous faisait travailler !


Et les concours et examens s'enchaînaient : 1) concours d'entrée en 6e ; 2) examen du Certificat d'études primaires complémentaires* en 5e (l'échec interdisait le passage en 4º) ; 3) en 4e avec les élèves des écoles du canton, Certificat d'études primaires* (*deux examens inconnus en lycée) par précaution, en cas d'échec au BEPC l'année suivante; 4) BEPC en 3e, ses épreuves écrites et orales obligatoires à Lille ; 5,6,7...) Concours et examens divers par la suite dont un 1er et un 2e Baccalauréat. Mais force est de constater que ces méthodes tant décriées actuellement se révélaient efficaces.


Ce n'était pas le bon vieux temps. Des changements s'imposaient. Au fil des réformes, les Cours complémentaires devinrent des CEG puis des CES mixtes. Et l'on se mit à construire nombre de CES métalliques, les Pailleron. Depuis, en primaire, les cours s'arrêtent au CM2. Tous les élèves sont admis en

6°, arrivent en 3e sans aucun concours ni examen, se retrouvent à subir les épreuves d'un Baccalauréat dans la foulée, et réussir à 90 % grâce aux notes d'un contrôle continu plus ou moins laxiste ! Sans jamais doubler une classe, sauf de rarissimes cas particuliers. Quant au niveau... Des copies d'ÉNArques sont bourrées de fautes d'orthographe.


Je me dois de rappeler l'importance des Cours complémentaire qui permettaient une ascension sociale. Pour moi, il n'aurait pas été question de partir en 6e pensionnaire dans un lycée de Douai. C'était le Cours complémentaire d'Orchies ou préparer le Certificat d'études en primaire et rester un ouvrier comme mon père. Ces établissements étaient la première étape d'une promotion professionnelle, donc sociale. Les Baccalauréats M et M' permirent d'accéder aux études dont des études universitaires. Des instituteurs, des professeurs, des enseignants en université, des ingénieurs, des médecins, des techniciens, des chefs de gare, de centre de PTT, sont passés par le Cours complémentaire d'Orchies. Il en est de même pour les autres Cours complémentaires.

Le Cours complémentaire d'Orchies et l'école primaire de garçons avant 1914. Carte postale.

Ils existaient déjà dès la fin du XIXe siècle. A Orchies, avant la guerre de 1914-1918, un tel enseignement se donnait dans les locaux de l'école primaire Jules Ferry. Un pensionnat accueillait les élèves des villages éloignés. Même pour les filles. La grande écrivaine Colette (1873-1954) fut une élève du Cours complémentaire, avec pensionnat, de Saint-Sauveur en Puisaye. Elle raconte avec verve dans Claudine à l'école, la construction des bâtiments et sa vie d'élève préparant le Brevet à la fin des années 1880.


En conclusion, un peu de nostalgie, comme celle qui gagne les gens qui prennent de l'âge, en idéalisant un passé recomposé ? Cependant, non sans inquiétude, de réforme en réforme des structures, de réforme en réforme des programmes et de leurs allègements, il faut constater que le classement de nos élèves dans le Programme International du Suivi des Acquis (PISA) se révèl plus désastreux d'année en année. - Les jeunes Français étaient à la peine; ils sont désormais à la ramasse ! (M. Messina. Octobre 2025.)


Je m'enorgueillis d'être issu de l'enseignement de ces Cours complémentaires. J'y ai appris des méthodes rigoureuses de travail. Je n'oublie pas ce que je leur dois. 


Stéphane Tréla. Novembre 2025.


COMMENTAIRES REÇUS :

Bernadette Vandenberghe
Moi, je m'en souviens très bien. Et comme j'ai été sollicitée par des profs pour en parler avec des collégiens du collège actuel, je viens bientôt m'y replonger avec plaisir !

Michel Bonfils
Sans les cours complémentaires, grand fournisseurs de futurs normaliens, beaucoup d'entre nous n'auraient pas pu entrer en 6ème au lycée, déjà pour des raisons géographiques mais pas seulement!
Yvette Smedts
Michel Bonfils exactement !!! Les cours complémentaires....c'était du sérieux ! Quant à moi je suis entrée en 6ème au lycée de filles de Douai ( interne ) ...

Marie-Paule Déruelle
Pas sûre que celui d'Auby que j'ai fréquenté de 1960 à 1964 ne s'appelait pas cours complémentaire. Filles uniquement sauf une 3ème mixte à partir de 1962 je crois, une animation quand les gars sortaient en récréation rejoindre l'autre collège uniquement garçons. Ils en jouaient évidemment et faisaient les clowns.

Merci pour cette évocation de souvenirs qui résonne en source de vitalité pour ceux de cette époque et qui devrait , je l'espère pour 2026, catalyser nos dirigeants pour enfin redresser notre école.