Dictée de l’AMOPA
Au lycée Albert-Châtelet de Douai
Le mercredi 17 juin dernier, s’est tenue la 4e dictée de l’AMOPA à destination des classes préparatoires du lycée Albert-Châtelet de Douai. Le lycée est un partenaire historique de l’AMOPA. D’ailleurs une plaque est apposée dans le hall du lycée.
Après avoir été accueilli par Monsieur Chapiteau, proviseur adjoint du lycée, le duo diabolique, comprenez Christian Lelièvre (président délégué du secteur de l’Avesnois, champion de France d’orthographe et de la Dictée des Amériques, et Jean-Louis Dessaint, Vice-Président de la section Nord et président du secteur Hazebrouck Dunkerque) ont proposé un quiz oral et une dictée (celle-ci ayant été rédigée par JL Dessaint). Le thème de cette dictée était un éloge des mots perdus. Jean-Louis a précisé que ce thème lui avait été inspiré lors de la lecture de 3 livres : la collectionneuse des mots oubliés (Pip Williams), 100 mots à sauver absolument (Bernard Pivot) et mots, expressions et proverbes oubliés (J. Pruvost) : Les étudiants ont pu découvrir ou redécouvrir : aître, palimpseste, labadens, grimaud et autre quasi-cacique assis.
Plus de 80 personnes y ont participé (étudiants et professeurs). Tous ont été enchantés de déjouer les chausse-trapes, lacs létaux et leurres divers concoctés par les 2 compères, qui ont déjà été sollicités pour organiser une 4e édition.
Les 3 premiers ont été récompensés par le secteur de Douai dont le président est André Prud'homme. Chacun a reçu une carte d’achat d’une valeur de 30 € (Furet du Nord). À l’an prochain donc !
Voici le texte de la Dictée :
Éloge des mots perdus
Il fut un âge où les mots avaient le goût du temps, celui des pierres polies par les pas et des voix qui les prononçaient avec respect. Sont-ils voués à finir dans un cimetière de mots ? Est-ce de la nostalgie ? Peut-être, cette madeleine de Proust nous enjoint à évoquer la disparition, l’oubli ou la transformation du langage au cours du temps…
« Nous sommes éteints ou en sursis de l’être ; nous n’avions pas notre pareil pour évoquer une époque, un lieu, une émotion ou des voyages avec une musicalité exceptionnelle fleurant bon l’encre et la pensée qui ornaient les pages des lettrés : palanquin, écritoire, missive, fredaine, labadens etc. Nous sommes encore : lipogramme, bienvenir, palimpseste ou sigisbée, jadis choyés, aujourd’hui chassés des lèvres. Nous voici donc dans une capsule temporelle que certains ouvriront un jour peut-être…
Nous étions convoqués par les rhéteurs dans l’aître d’une abbaye en ruine, non pour méditer sur la mort, mais pour savourer le silence habité des lieux sacrés.
Là, dans l’ombre des cyprès, un grimaud, tout de noir vêtu, tel un quasi-cacique assis, compulsait un in-folio à la reliure défaite. L’étudiant, âpre au savoir, trouvait dans ce fatras d’encre et de parchemin un ravigotement de l’âme que nos écrans modernes ignorent superbement.
Un peu plus loin, un jeune mirliflore, aux gants de box beurre-frais de facture exceptionnelle, confectionnés dans la plus belle peau, badinait avec une belle dame sans merci, affectant des mines de dandy, dans un esbaudissement feint (sans doute ignorait-il que ces gants, chefs-d’œuvre de ganterie, ne fussent point destinés à badiner, mais bien à sceller l’alliance espérée entre deux maisons). Leur échange, fait de madrigaux et de propos galants, rappelait ces conversations précieuses, délicieusement désuètes, qui fleurissaient autrefois dans les salons éclairés à la bougie.
Parfois, un becfigue effronté, habillé à la dernière mode, venait troubler la quiétude du lieu de ses fanfaronnades. Nous riions alors de bon cœur, car même le ridicule avait sa place dans ce théâtre de mots vivants.
Mais voilà que le monde va vite, trop vite, et nous, au bord des phrases, nous glissons dans l’oubli.
N’entends-tu plus l’écho de notre usage ? Le bruissement discret d’un « écornifleur » sous la plume d’un conteur ?
Le chuchotement tendre d’un « guilleret » dans un jardin d’enfance ?
Nous étions la dentelle du langage, l’âme fine d’une époque qui pesait chaque mot.
Nous ne sommes pas morts, non ! Nous attendons, tapis dans les pages vieillies d’un dictionnaire ou dans les marges jaunies d’un carnet de poète.
Un jour, peut-être, tu nous convoqueras à nouveau, pour redonner à tes phrases le goût de l’oublié.
Car chaque mot perdu est un monde qui se ferme, et chaque mot retrouvé est une lumière qui renaît. »
Hélas, aujourd’hui, ces termes sont devenus caducs, relégués aux marges du lexique, effacés par le progrès comme un poème trop long dans un monde pressé. Pourtant, chacun d’eux était une fenêtre ouverte sur un imaginaire disparu — un patrimoine aussi précieux qu’une cathédrale.













