Indépendante et indispensable à l'impressionnisme, Berthe Morisot est une figure atypique de l'histoire de l'art. À l'instar de Frida Kahlo, Niki de Saint Phalle, Artemisia Gentileschi ou Suzanne Valandon, elle est une femme dans un monde d'hommes, qui a su s'imposer et transformer les difficultés de son existence en une force créatrice.
Berthe Morisot ou la beauté et la tendresse
De tous les arts que professe le génie, la peinture est indéniablement celui qui exige le plus de sacrifices.
Cette réflexion peut être inscrite au fronton des vies de tous les peintres. Quand on regarde l'œuvre picturale de Berthe, si douce, si tendre et si vraie, qui pourrait imaginer alors les efforts accomplis, la pugnacité, l'opiniâtreté pendant sa courte vie pour aboutir à une exceptionnelle production de huit cent cinquante toiles qui appartiennent à jamais à notre patrimoine culturel ? Berthe naîtsous d’heureux auspices le 14 janvier 1841 à Bourges, dans le Cher, où son père est préfet. Elle passe une enfance heureuse, sans problème, très liée à sa sœur Edma, l'amie-née et à sa grand-mère.
Elle connaîtra une lénifiante zénitude, à mille lieues de la violence, de la gêne, protégée par les forts liens qu'elles avaient entre-tissés depuis sa tendre enfance. Sa mère s'était mis en tête de faire de Berthe une musicienne mais le hasard, plus qu'une vocation, l'entraînera vers la peinture. Il ne s'agit pas d'une passion dévorante, dévastatrice mais d'une exigence courante d'éducation dans une famille bourgeoise. La peinture, le dessin et la musique font partie, au XIXesiècle, d'un enseignement privilégié. À 19 ans, elle est confiée à Corot qui élargit sa vision de la nature en développant sa perception de la beauté. Elle rencontre des personnages hauts en couleur, ignore le népenthès et la cyclothymie. Si elle disposait de quelques heures et qu'elle pût s'isoler, elle les consacrait tout entières à ses toiles.
Fin de la dictée pour les amateurs.
En avril 1875, elle a 34 ans, dans les ateliers du célèbre photographe Nadar, elle participe à une grande exposition où 165 toiles sont présentées. Quantité d'amateurs d'art s'étaient donné rendez-vous et s'étaient proposé d'aller admirer ces chefs-d'œuvre quelle que fût la météo !
De vrais doctes gens lettrés pouvaient s’enorgueillir ce jour de fête là de rencontrer de prestigieux artistes tels que : Manet, Renoir, Cézanne, Degas ou Sisley. Berthe expose 9 toiles. Ce jour-là, l'impressionnisme est né. Les peintres jouent avec la lumière. Berthe incarne la spontanéité, la fraîcheur, la transmission des sensations qu'elle éprouve, ne déclenchant jamais la larme.
Elle sert de modèle à Édouard Manet qui la représente belle, passionnée, très élégante. Elle tient compte de ses conseils, travaille dans son atelier dans une atmosphère paisible, ne tombant jamais dans le lacs de l’ire.
Le rouge gueules, le rubis balais et le rose tyrien illuminent ses peintures. À 33 ans, elle épouse Eugène, le frère d’Édouard. La cérémonie se fera sans pompe, sans invités. Elle s'était laissé séduire par cet archétype du dilettante rêveur, ne s'embarrassant pas de subtiles blandices. De cette union naîtra une petite fille : Julie qu’elle élèvera avec amour et intelligence. Elles deviendront inséparables. À cinquante-quatre ans, elle a vieilli, ses cheveux sont blancs. Elle accueille avec équanimité la vieillesse et l'au-delà. Emportée par une pneumonie, elle s'éteint le 29 janvier 1895, vêtue de « probité candide et de lin blanc ». Accordons-lui ce célèbre zeugma de Victor Hugo.
Christian LELIÈVRE.
Champion de France d’orthographe.
Champion de la Dictée des Amériques. (Québec).

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