Michel Poirion (1897-1982), est donc inconnu des générations de normaliens de l'après-guerre que nous sommes. Il est pourtant une figure marquante de l'enseignement républicain français, dont le parcours exceptionnel lie l'exigence intellectuelle à l'engagement physique et artistique.
1. Formation et débuts : Un humaniste polyvalent
Né à Amiens en 1897, Michel Poirion est issu d'un milieu laïque. Sa scolarité est interrompue par la Première Guerre mondiale : mobilisé en 1915, il survit aux combats dans la Somme et en Italie, terminant le conflit comme officier d'artillerie.
Après la guerre, sa progression de carrière est fulgurante. Instituteur à ses débuts, il accumule les titres :
Musique : Lauréat du certificat d'aptitude à l'enseignement du chant (1921), il est reconnu comme un "musicien consommé" et un conférencier talentueux (notamment sur Beethoven et Gounod).
Lettres et Philosophie : Il devient professeur de lettres à Calais, puis obtient une licence de philosophie.
Pédagogie : Il coécrit une méthode d'arithmétique (L'arithmétique souriante, 1932) et publie sur l'éducation morale et civique.
2. Un grand serviteur de l'École Normale
Michel Poirion consacre une grande partie de sa vie à la formation des instituteurs :
Montbrison (1929-1937) : Il dirige l'École Normale de la Loire. Homme de terrain, il inspecte les écoles de montagne à ski.
Douai (1937-1940) : Nommé directeur de l'École Normale du Nord, son passage y est marqué par son charisme, bien que brièvement interrompu par la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé en 1939 comme capitaine d'artillerie, il ne pourra réintégrer Douai, l'école ayant été réquisitionnée par l'occupant.
Engagement syndical : Il occupe des responsabilités nationales au sein du Syndicat des directeurs d'Écoles normales en 1938.
3. L'expertise en Éducation Physique et Sportive
Après avoir été inspecteur primaire à Paris sous l'Occupation, sa carrière prend un tournant institutionnel majeur à la Libération :
Directeur de l'ENSEP (1944-1951) : Il dirige l'École normale d'éducation physique et sportive (Paris), d'abord à titre provisoire puis détaché officiellement.
Auteur de référence : Il dirige et co-publie en 1947 un manuel de référence sur l'Éducation physique et sportive.
4. Fin de carrière et vie privée
Il termine sa carrière comme inspecteur primaire de la Seine jusqu'en 1965. Père de trois enfants (dont Daniel Poirion, célèbre médiéviste), il se retire dans le Jura à Saint-Amour.
Jusqu'à son décès en 1982, il cultive une retraite active de "grand ami de la nature", passionné de botanique, d'astronomie, de musique classique et polyglotte (anglais, allemand, italien).
Distinctions
Pour ses services rendus à la Nation et à l'Enseignement, il était titulaire de prestigieuses décorations :
Officier de la Légion d'Honneur
Commandeur des Palmes Académiques
Croix de Guerre 14-18 et 39-40
Ce qu'il faut retenir : Michel Poirion a incarné l'idéal de l'instituteur de la IIIe République : une culture encyclopédique (musique, maths, philo, sport), un dévouement total à l'ascension sociale par l'école, et un patriotisme constant.

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