La dictée habarcquoise, préparée par un champion de France de l’orthographe, aura lieu ce samedi

C’est un événement réservé aux férus d’orthographe, prêts à affronter des phrases complexes et des tournures piégeuses. La dictée habarcquoise revient ce samedi 4 octobre à l’hôtel communautaire des Campagnes de l’Artois, à Avesnes-le-Comte. Derrière ces mots, Christian Lelièvre, double champion de France d’orthographe, qui a mitonné un texte inédit, riche de pièges et autres chausse-trappes destinés à induire en erreur les meilleurs spécialistes. « C’est toujours un peu capillotracté, avec beaucoup de jeux de mots », s’amuse Michèle Vasseur. Elle pense sans doute aux aventures d’une jeune femme qui se perdit : Hélène s’égara. La présidente de l’association organisatrice, dont le fief se tient au café L’Escale d’Habarcq, attend au moins 70 candidats, comme l’année passée. « Comme se tient, le lendemain, à Hazebrouck, la Dictée des géants de Bruno Dewaele, beaucoup de champions seront présents. Certains viendront de Belgique, de Bretagne, de Lyon… »
Ces exégètes affronteront une épreuve plus difficile que les « simples » amateurs. « Pour ceux qui veulent être classés, il conviendra de faire corriger sa copie. Les autres participants seront en mode autocorrection. Nous sommes dans une logique conviviale et ludique. » Pour célébrer le dixième anniversaire de l’événement, chaque inscrit, outre les lots habituels, se verra offrir un crayon collector. De plus, une surprise attend Christian Lelièvre, qui n’hésite pas à affronter 1 h 30 de route pour rejoindre l’Artois depuis son terrier de Gommegnies, dans le Valenciennois.
La dictée habarcquoise, samedi 4 octobre à 14 h 30 à l’hôtel communautaire des Campagne de l’Artois, à Avesnes-le-Comte. Ouvert à tous, entrée gratuite. Contact à ladicteehabarcquoise@gmail.com.
Voici le texte de la dictée :
Habarcq - Avesnes-le-Comte. La Dictée habarcquoise Samedi 4 octobre 2025.
Le bonheur est dans la rue
Depuis trois semaines et demie, panneaux et panonceaux placés aux ronds-points et aux entrées de la ville annonçaient la grande fête annuelle, jour de la Saint-Barthélemy. Des oriflammes déployées dans le centre-ville ornaient les façades des majestueux bâtiments du XIXesiècle. Les maire et adjoints de la cité, accompagnés de plusieurs légumes officielles, avaient ouvert la rue principale aux premiers visiteurs portant des vêtements flambant neufs et une plume de geai au bitos. Les femmes arboraient des caracos mauves ou rouge vif très tendance.
Fin de la dictée pour les juniors.
Hélène décida de se rendre à la brocante, intéressée par les lampes rococo, les pots en pierre ollaire et les écritoires vernissées en malachite. Elle y rejoignit son ami Dominique, saute-ruisseau chez le tabellion local. Ce n’était pas qu’il y eût des achats à des prix exorbitants, voire rédhibitoires mais elle pouvait toujours dénicher un collector, une édition ancienne décorée de lettrines dessinées par des moines au dire des vendeurs. Combien se sont laissé gagner par cette passion dévorante ? Combien d’heures ces chineurs ont-ils flâné le long de ces étals aux mille et une couleurs ?
Et que dire de ces rosevals ventrues à la peau cuisse de nymphe émue, de ces brocolis à jets ou de ces glanes d’aulx primés, fierté(s) du producteur ?
Tous les cent mètres, une animation invitait les badauds à participer à une scène de théâtre populaire, à des chansons : goualantes ou bluettes. Les comprendre était des plus difficile à cause du bruit et des baffles à demi bousillés. Dominique fut ravi d’y participer.
Fin de la dictée pour les amateurs.
Des agriculteurs, intarissables, estimaient la récente moisson, regrettant aussi la cosse tôt constatée des saisonniers, peu enclins à poursuivre les travaux des champs. « Après l’août, le chaumage », leur avaient-ils dit d’un ton péremptoire.
Soudain, Hélène sursauta. Douze heures sonnèrent, les cloches s’ébranlèrent dans un bruit assourdissant. Elle se dit que le beffroi avait l’airain solide pour emplir de vibrations toute la région ! Dominique se montra fort intéressé par les artisans locaux : menuisiers, charpentiers, ébénistes, charrons utilisant les outils et les techniques de travail des ouvriers d’antan. Indéniablement, ces maîtres du fer et du bois, aux doigts d’or, magiciens des siècles passés, rendaient rêveurs et même muets les pros d’hui.
Nombre de visiteurs se léchaient les badigoinces devenues nacarat en savourant les bagels québécois et en dégustant force demis pression ou quelques verres de syrah bien ensoleillée. Conclusion pour tous.
Allégresse, liesse sont de bien jolis mots surtout quand ils sont partagés. Ils sont indéfectibles malgré les vicissitudes de la vie. Il est des joies qui s’évanouissent comme un doux parfum et qui, comme certaines étoiles qui disparaissent dans la nuit, laissent, après elles, une longue trace lumineuse.
Paragraphe pour les champions.
Cette année-là, Hélène passa de belles vacances en Turquie. À Istanbul, guidée par un éminent ATER stambouliote, calure reconnue, elle fut subjuguée par la magnificence de la mosquée SÜLEYMANIYE, conçue et réalisée par le génial architecte turc Mimar SINAN. Elle fut aussi émerveillée par ANKARA, l’antique ANCYRE.
Lors d’une conférence, elle apprit que, sous l’Empire ottoman, force hautesses de l’aire anatolienne, alors divisée en sandjaks, gouvernèrent avec sagesse et humanisme. Elle se promit d’y retourner afin de mieux connaître l’histoire originale des aghas pantes et des beys niais.
Christian LELIÈVRE.
Champion de France d’orthographe.
Champion de la Dictée des Amériques. (Québec).
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