samedi 11 avril 2026

Hommage à Paul GROVEN (promo 57 61) par son camarade de toute une vie, Michel BERNAERT

 POUR PAUL GROVEN

Agrégé de l'Université, professeur honoraire de chaire supérieure aux lycées Pierre-Corneille et Jeanne-d'Arc en classes préparatoires d'HEC, d'hypokhâgne, khâgne et Science Po, animateur des "cafés Philo" à Rouen, décédé ce 25 mars 2026 à le Petit-Quevilly (76140)

Sur cette photo colorisée de la 1ère M, promo 57 61, Paul GROVEN est le n° 2 et Michel BERNAERT est le n° 26



Paul et moi étions liés par une vieille complicité née à l’ÉCOLE NORMALE de Douai promotion 57/61

Une complicité un peu inattendue : lui, reçu en tête de liste, avait eu droit à  une chambre individuelle, tandis que mon classement, plus que médiocre, me destinait aux joies chahuteuses des dortoirs.

Ce qui nous rapprocha peut-être, outre le train que nous prenions ensemble pour rentrer dans nos familles, c’était le sentiment d’être tous deux issus de familles TRÈS modestes : je me souviens encore de la toute petite maison de ses parents, au 3 d’une rue ouvrière de Tourcoing dont j’ai oublié le nom. J’y suis allé, parfois, à vélo, en partant du très modeste appartement de mes parents, à Ronchin, entre 58 et 60.


Ma première image de Paul vient d’un des premiers cours de Gym de monsieur Joly : J’avais été impressionné par la puissance musculaire de ses cuisses que j’attribuais ( à tort ?) à une pratique régulière du football. Mais, c’est le baby foot qui nous rapprocha, dans une joyeuse rivalité au café du coin de la rue d’Esquerchin et de la rue d’Arras, à Douai, puis dans un autre café du coin à Nancy …


Le vélo aussi : après le bac (en 60, donc), nous sommes allés de Lille au Touquet (140 kms, quand même...)  sur de lourds vélos, dits « randonneurs », sans entraînement, ni préparation... Il faisait chaud, ça montait et ça descendait sans arrêt... On est arrivés, épuisés... Paul ne se sentait pas très bien à l’arrivée, il a décidé de repartir, seul, le lendemain…


A la rentrée 60, il intégra la prépa à l’EN Nancy : il a raconté sa sélection par Monsieur Mériaux sur le blog et dans un récent bulletin des anciens de l’EN Douai. (cliquer sur ce lien pour retrouver cette anecdote)

Je l’y ai rejoint deux jours plus tard, probablement suite à ma mention B au bac. Commençait une nouvelle année de complicité : chambre commune, baby foot. Je n’ai pas su profiter de la chance qui nous était offerte : il a intégré l’ENS , moi plus modestement, les IPES.


Il voulait refaire un périple cycliste, d’autres projets m’attendaient : il en a souffert car il était convaincu que sa défaillance du Touquet était cause de mon lâchage.

Nous nous sommes perdus de vue, lui à Paris, moi à Lille. J’ai su sa réussite à l’Agrég, la mienne a suivi quelques années plus tard... et puis un long silence... Jusqu’à l’arrivée à Lille d’une de ses anciennes collègues de Rouen : j’ai eu son adresse, nous nous sommes retrouvés, quelques trop rares visites, d’interminables échanges au téléphone, de troublantes coïncidences ( mon fils et ses deux fils ont « fait » HEC ), des mails… Un retour à Douai pour les 50 Ans de la promo.

J’admirais son engagement dans le café philo, son courage dans la maladie... Il enviait ma désinvolture et ma légèreté ironique…


C’était l’ami d’adolescence, le complice des plus belles années et de découvertes intellectuelles majeures


Michel BERNAERT